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La longue marche de Lucky Luke

Lucky Luke est chargé d’escorter un adolescent à travers le Grand Nord.

Il aura donc fallu attendre la troisième aventure du cowboy par Matthieu Bonhomme pour que je prenne le temps de vous dire tout le bien que je pense de son travail sur le personnage de Morris. Je ne suis pas très amateur des héros qui survivent à leur créateur. C’est pour ça que je ne lis pas les nouvelles aventures de Lucky Luke ou d’Astérix. Contrairement aux comics de super-héros, qui n’ont jamais appartenu à leurs créateurs, je trouve que les personnages de mon enfance sont intimement liés à leurs créateurs et qu’il faut bien une fin à tout. J’ai d’ailleurs la même réaction pour un comics, justement, Watchmen : l’œuvre est tellement indissociable de Moore et Gibbons que je n’ai même pas daigné feuilleter les suites et prequels apocryphes faits autour de l’œuvre.

Mais alors, monsieur G, pourquoi viens-tu nous parler du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme ? Et bien, parce que ce n’est pas une tentative de maintenir le passé en vie en le singeant du mieux possible, non, c’est de voir le point de vue d’un artiste sur un personnage. Et ça, c’est le genre de projet que j’adore ! Et quand il s’agit de Bonhomme, que je considère comme l’un des tout meilleurs dessinateurs de notre époque, sur un de mes personnages préférés, je suis forcément complètement vendu.

Les deux premières histoires étant excellentes, j’ai acheté ce troisième tome les yeux fermés. J’ai d’ailleurs dû retourner l’échanger chez mon libraire à cause d’un défaut sur la quatrième de couverture. Dans cette histoire, Bonhomme semble avoir voulu rendre hommage à l’excellente Jeremiah Johnson en nous emmenant dans le Grand Nord et ses décors enneigés. L’hommage est d’ailleurs assez évident, vu qu’un des personnages principaux porte le nom du personnage interprété par Redford. Ancré dans cette fin de siècle où les industriels mettent la main sur les ressources des territoires indiens, le récit a de fortes résonances écologiques qui résonnent très fort avec l’actualité. D’ailleurs, le méchant, Cramp, même si on ne voit jamais son visage, rappellera fortement un président orange qui a voulu mettre la main sur le Canada. Pour cette longue traversée, Luke, le cowboy taciturne, est accompagné d’un jeune ado rebelle et grande gueule qui offrira de très bons échanges. Le ressort est classique, mais bien exécuté. Surtout que le point de vue du lecteur évoluera au fil des pages sur cet adolescent dans un premier temps agaçant puis finalement humain et touchant.
En plus de l’hostilité de la nature qui agrémente le récit de nombreuses péripéties, Bonhomme décide de lancer quatre frères célèbres sur la piste du cowboy. Ce sera d’ailleurs pour moi, le seul vrai reproche de cette histoire. Je ne l’ai pas trouvé très inspiré avec ces personnages qui ont finalement une présence anecdotique. Comme l’impression qu’il s’agissait d’un passage obligé.

Graphiquement, on retrouve aussi tout l’amour que porte Bonhomme à Morris en réutilisant les fameuses aplats de couleur à contre-emploi de l’artiste belge. Pour le reste, il réalise souvent des planches qui jouent sur une même couleur pour donner une ambiance à la planche. Aux premiers abords, on pourrait penser que sa colorisation est en aplat, mais en y regardant de plus près, on peut voir qu’il utilise de délicats dégradés pour mieux harmoniser les couleurs. C’est vraiment du travail d’orfèvre. Concernant le dessin en lui-même, c’est toujours impeccable, dans un style semi-réaliste à la limite du cartoon, d’une élégance incroyable avec son encrage délié.

Une nouvelle fois, Bonhomme rend hommage au Lucky Luke de Morris et Goscinny en y apportant tous les éléments habituels d’une bonne histoire du cowboy, parfois en les détournant ou en les moquant gentiment (je vous laisse découvrir pourquoi les Indiens appellent Luke l’Homme-Bison). Mais ce n’est pas qu’un simple hommage, c’est aussi un bon western. Bien que ce récit puisse se lire indépendamment des deux précédents, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer les deux autres: L’Homme qui assassina Lucky Luke et Wanted qui sont pour moi un ton au-dessus de La Longue Marche.

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