The Bugle Call t.1 à 8

Dans un monde médiéval, un jeune clairon découvre que, lorsqu’il joue de la musique, il peut diriger des armées à la perfection. Mais son rêve à lui est de devenir ménestrel.
Comme je venais de terminer quelques séries, j’étais à la recherche de remplaçants, histoire que mon budget BD reste toujours hors contrôle. Suite aux recommandations d’un podcast, The Bugle Call a fini sur la liste des heureuses élues, et en un week-end, j’avais rattrapé mon retard sur la publication française.
The Bugle Call, malgré un graphisme plutôt lumineux et dynamique, est à classer dans le genre de la Dark Fantasy. En effet, si la série n’atteint pas la noirceur et les horreurs d’un Berserk, elle contient son lot de violence et de désespoir. Les héros que l’on suit et que l’on apprend à découvrir ont tous des origines sombres et tourmentées, qui décrivent un univers empli de souffrance. Mais ce qui est encore plus perturbant, c’est que les héros, Luka en tête, sont souvent amenés à agir de manière tout sauf héroïque : assassinats, manipulations et autres joyeusetés font partie de leur quotidien. Et c’est là toute la beauté et la force de ce manga, illustré par Higoro Tômori et scénarisé par Mozuku Sora. Alors qu’ils nous mettent en scène des combats spectaculaires et épiques, ils n’oublient jamais de nous rappeler que la guerre, c’est sale et sans pitié. On plonge ainsi régulièrement au cœur de la piétaille, qui meurt sans défense sous les coups des Branchus, sorte de mutants dotés de super-pouvoirs. Et d’ailleurs, une question revient fréquemment, posée aux personnages principaux comme aux figurants : « Pourquoi tu te bats ? »
Mais outre cette ambiance assez mature, le récit est aussi une immense mystery box, comme on les aime. Ainsi, les Branchus tirent leurs pouvoirs de grandes tours dans lesquelles on retrouve également des plans et des objets qui ne sont pas de cette époque, mais contemporains de la nôtre. Si l’on ajoute à cela que les guerres se déroulent à Limoges ou en Normandie, on peut se demander s’il y a un lien avec notre monde ou si ce ne sont que de simples coïncidences. Pour l’instant, tout ceci est disséminé sous forme de petits clins d’œil, mais j’attends de pied ferme les révélations. Je suis aussi curieux de voir l’évolution du personnage principal, qui ne rêve que de musique et semble plutôt dégoûté par la guerre et ses exactions. Or, pour réaliser son rêve, il doit mener des hommes au carnage, et il semble prêt à tout pour gagner sa liberté. Le reste des personnages est tout aussi complexe, et les ennemis qu’ils ont pour l’instant affrontés ont aussi suffisamment d’épaisseur pour les rendre intéressants. Enfin, l’autre point fort du manga est la réalisation des combats et l’utilisation, super inventive, des différents pouvoirs, qui donnent l’occasion à l’artiste de créer des scènes de combat virtuoses, où la mise en page peut s’avérer complètement folle. Un bémol tout de même : si vous vous attendez à de la grande stratégie militaire, vu les pouvoirs du héros, ce n’est pas vraiment le cas. Ça n’en reste pas moins très divertissant à suivre.
The Bugle Call est donc un manga plein de potentiel, doté d’une complexité et d’une noirceur que je n’imaginais pas vraiment aux premiers abords, ce qui en fait une lecture prenante et intéressante, dont je suis curieux de voir l’évolution.