Juste une illusion

Milieu des années 80, Vincent a 13 ans dans une banlieue parisienne. Ses parents s’engueulent, la fille qui l’aime le prend pour un boulet, et il doit dormir dans la même chambre que son grand frère.
Nakache et Toledano, c’est le duo fort du cinéma français. Ils ont notamment réalisé le grand succès Intouchables, mais aussi un de mes films français préférés, Le Sens de la fête, qui offrait une des dernières occasions à Bacri de nous montrer le grand acteur qu’il était. J’étais passé à côté de leur dernière réalisation, qui avait, une fois n’est pas coutume, reçu un accueil vraiment mitigé.
Pour ceux et celles qui n’ont pas le temps d’attendre la conclusion de cette critique, je peux déjà vous dire que les deux compères ont fameusement redressé la barre. Juste une illusion est un petit bijou d’écriture et de réalisation. Pour le deuxième point, ce n’est pas une réalisation démonstrative, mais une maîtrise du cadrage et du découpage qui donne un film fluide, où l’on se laisse emporter par les moments qui nous sont présentés. Il faut tout de même saluer la reconstitution minutieuse des années 80 : on s’y croit vraiment, à tous points de vue. Pour le scénario, c’est une véritable pièce d’horlogerie. Les dialogues sont ciselés, et tous les petits détails et anecdotes disséminés tout au long du film finissent par servir l’avancée du récit. Rien n’est laissé au hasard, mais ça ne donne pas non plus l’impression qu’ils ont voulu jouer aux petits malins.
Car Juste une illusion est avant tout un film de personnages et d’émotions. Alors que, dans les premiers instants, on pense très bien voir où ils vont nous emmener, on découvre rapidement que ce ne sont pas des personnages clichés et unidimensionnels qu’on a face à nous. Non, ce sont des personnages construits et complexes. Ça donne ainsi une comédie où l’on rit beaucoup (très chouette expérience en salle), mais où l’émotion sait se faire une place pour culminer dans les dernières minutes, qui m’ont un peu piqué les yeux. C’est aussi permis par d’excellents acteurs : Camille Cottin est lumineuse, Louis Garrel est un génie comique que j’ignorais, et j’ai trouvé le petit Boublil impeccable. Plongé dans la nostalgie des années 80, le film aborde aussi, par la bande, plein d’autres sujets : le racisme en France, le questionnement sur les origines pour un enfant à l’histoire familiale complexe, les conditions difficiles pour accéder à de la pornographie.
Je suis ressorti de la séance avec la banane, et c’est un sentiment qui semblait partagé par le reste du public. Je ne sais pas si le film fonctionnera aussi bien pour les moins de 30 ans. Mais comme la majorité de mon lectorat est grisonnant, ce n’est pas bien grave.