Friday

Pour les vacances de Noël, Friday, jeune étudiante, revient dans sa ville de jeunesse. Elle doit y retrouver Lance, son ami d’enfance qui est en pleine enquête.
Inutile de vous rappeler à quel point j’aime Ed Brubaker. Généralement, lorsque j’introduis une critique ainsi, son nom est immédiatement suivi par celui de Sean Philips. Mais, une fois n’est pas coutume, le scénariste a collaboré avec un autre artiste, le brillant Marcos Martin.
Friday est un vrai changement d’ambiance dans la tonalité habituelle des récits de Brubaker. S’il a déjà abordé le fantastique comme dans Fatale, il s’est rarement intéressé à des jeunes protagonistes et ce sont souvent des récits de gangsters sombres et violents. Ici, on est loin de tout ça. Ainsi, dans la première partie du récit, on s’intéresse à une enquête étrange mais classique menée par deux gamins qui, depuis des années, viennent en aide au shérif local un peu largué. Lors de flashbacks sous forme de vieilles couvertures de roman jeunesse, on s’aperçoit rapidement que Kings Hill n’est pas une ville comme les autres. En effet, le surnaturel semble régulièrement s’inviter aux enquêtes.
Si l’affaire qui occupe Friday et Lance s’avère bien menée avec plein de rebondissements, ce n’est pas vraiment le cœur du récit. En effet, elle sert surtout de prétexte à explorer la relation entre les deux personnages qui se connaissent depuis des années mais dont certains non-dits et événements ont un peu obscurci la relation. L’intrigue étant principalement racontée du point de vue de Friday, cela va être l’occasion de découvrir un personnage complexe, buté mais plein de questionnements.

Graphiquement, Marcos Martin a un style complètement différent de celui réaliste de Phillips. Ses personnages ont un style rétro-moderne. Il y a en effet un côté vieux comics indé dans son trait, mais il est incroyablement dynamique. La séquence de combat dans la maison de Friday est un modèle de storytelling et de scène horrifique. Il avait déjà fait des merveilles sur Daredevil ou Private Eye. Mais ici, je trouve qu’il s’est surpassé. Au niveau des décors, il a vraiment donné vie à Kings Hill. Ses décors sont somptueux, regorgeant de détails et pleins de reliefs.
Si je pourrais reprocher une fin un peu précipitée mais néanmoins cohérente, je conseille vivement la découverte de Friday. Dans les postfaces, les deux auteurs parlent éventuellement de revenir donner une suite aux aventures des deux enquêteurs et je ne vous cache pas que j’en serais ravi. Le récit est un récit complet, mais ce monde semble si riche qu’il y a forcément matière à d’autres récits palpitants.