Le grand large

Une jeune fille quitte sa famille contre son gré pour partir vivre en pleine mer le temps de trouver un rivage accueillant.
Après le sympathique Vague de froid, Jean Cremers revient avec un projet assez différent. On quitte le réalisme des paysages norvégiens et des relations fraternelles pour le récit initiatique et métaphorique. En effet, Léonie est une jeune femme qui va embarquer contre sa volonté dans une vieille barque en bois sous les encouragements de ses parents qui ne veulent pas entendre son refus de quitter le cocon familial. Les premières pages de la BD sont ainsi une très efficace métaphore de l’entrée dans l’âge adulte et l’indépendance. On voit alors tout plein de jeunes partir à l’assaut du grand large, et tous n’auront pas les mêmes chances de réussite. Alors que certains seront à bord de luxueux yachts, d’autres, comme le compagnon de galère de l’héroïne, auront un pauvre kayak mal en point.
Même si, par la suite, je trouve que Cremers ne retrouvera pas de symbolisme aussi fort que ces premières pages, le récit n’en reste pas moins rythmé et plein de chouettes idées pour illustrer cet étrange Waterworld. Et puis, je trouve qu’il arrive quand même bien à retranscrire cette impression de déboussolement et de saut dans l’inconnu quand on se retrouve lâcher dans la nature. Même si par chance, je n’ai jamais autant galéré que l’héroïne J’ai également beaucoup apprécié les interactions entre les différents membres de l’expédition. Le personnage d’Agathe, vieille mamie badass et paumée est franchement génial.
Au niveau du dessin, l’artiste utilise un trait plus simple et vivant que pour Vague de froid, avec des couleurs en aplat qui permettent de donner beaucoup de dynamisme et d’expressivité à ce récit riche en scènes d’action. Et, je trouve qu’il s’en sort vraiment bien pour maintenir le lecteur en haleine dans ce décor plutôt monotone, même lors de très belles scènes muettes qui montrent le temps s’égrener à bord de l’embarcation.
Après Vague de froid, c’est donc une nouvelle réussite pour ce jeune auteur liégeois dont je vais continuer à suivre la carrière avec curiosité.