Perfect Days

Hirayama est un vieil homme solitaire qui s’occupe du nettoyage des toilettes publiques à Tokyo. Le film va suivre son quotidien pendant deux bonnes semaines.
Je vous avais déjà dit tout l’amour que j’avais éprouvé pour Paris-Texas, le film palme d’or de Wim Wenders dans les années 80. Ici, on quitte le désert américain pour traverser l’océan Pacifique et se rendre dans la mégalopole tokyoïte.
Malgré que ce film ait été un coup de cœur absolu, j’ai longtemps hésité à me lancer dans une vraie critique de celui-ci. Car c’est typiquement le genre de film où j’ai du mal à dire autre chose que « c’est génial ! » En effet, Perfect Days est un film qui se ressent. On y suit les journées d’un personnage taciturne qui doit avoir un total de 15 lignes pendant les deux heures de film. Ce n’est donc pas la virtuosité des dialogues qui m’ont séduit, comme peut le faire un Tarantino. Il n’arrive pas non plus des choses palpitantes à notre héros du quotidien. On le voit récurer les toilettes, manger à l’ombre d’un arbre, lire un livre le soir, et le week-end aller boire quelques coups dans le bar du coin. Bref, on est bien loin du cinéma à la Michael Bay. Mais alors, qu’est-ce qui a bien pu me toucher à ce point ?
Wenders nous propose de suivre le quotidien répétitif d’un homme solitaire qui n’a que très peu de contact avec les autres, mais semble trouver énormément de satisfaction dans les petits plaisirs du quotidien. Vivant de peu de choses, le personnage interprété par Koji Yakusho semble avoir une vie réglée comme du papier à musique et y trouver énormément de contentement. Que ce soit dans le choix de la K7 qui accompagnera son trajet, celui de dénicher une nouvelle lecture chez sa libraire ou tout simplement admirer la lumière du soleil à travers les branches d’un arbre. On sent qu’Hirayama est totalement déconnecté des autres et du monde moderne. Le temps semble s’être arrêté pour lui et cela n’a guère d’importance. Alors que le film pourrait avoir un côté répétitif, chaque jour apporte son petit lot de légères différences et de surprises, qui font qu’on ne s’ennuie jamais. Par ces petits soubresauts, on lèvera un tout petit peu le mystère sur le passé d’Hirayama et les raisons de son isolement. Mais alors que le film pourrait être le pendant zen d’une « ravie de la crèche » comme Amélie Poulain, la dernière séquence du film nous révèlera un propos nettement plus ambigu, qui interrogera la perception qu’on avait du film.
D’un point de vue formel, Wenders sait filmer les ambiances et le silence. Il n’y a jamais de choses inutiles à l’écran, tout est utile pour l’intrigue et le message. Hirayama ayant un très bon goût musical, la musique qui accompagne ses déplacements et les plans de Tokyo est de toute beauté. Il faut bien sûr mentionner la performance de Koji Yakusho, que j’avais découvert dans Cure. Son interprétation, tout en retenue, est admirable et son sourire désarmant.
Perfect Days est un film difficile à vendre car c’est un film qui se ressent plus qu’il ne s’explique. J’espère en tout cas vous avoir convaincu de lui laisser sa chance. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à le penser, puisqu’il a reçu l’Oscar et le César du meilleur film étranger.