Les frères Sisters

  • Année de publication: 2011 (2014 pour le poche)
  • Pages: 358 (pour le Poche)
  • Auteur: Patrick deWitt
  • Traducteur: Emmanuelle et Philippe Aronson 
  • Titre original: The Sisters Brothers
  • Éditeur: Ecco/HarperCollins (Babel pour le poche)

De quoi ça parle?

Deux frères sont chargés de mettre la main sur un chercheur d’or et de le plomber.

Et alors, t’as aimé?

Le dernier acte des Sisters

Je vous avais déjà parlé de mon amour pour le western, genre usé jusqu’à la corde, un peu passé de mode mais qui arrive sans cesse à se renouveler. Quand l’adaptation des frères Sisters est sortie au ciné, j’étais assez impatient de voir ce qu’un réalisateur comme Audiard ferait avec le genre. Et j’ai été plutôt déçu. Le film me paraissait bancal. Mais le roman de départ jouissait d’une certaine réputation et comme on me l’avait offert, j’ai fini par le ressortir de ma bibliothèque. Et nous voici aujourd’hui, tous réunis autour de cette critique pour savoir ce que j’en ai pensé.

Les frères Sisters est un roman raconté à la première personne par Eli, le petit frère, qui écrit ses mémoires. Cette narration participe pour beaucoup au plaisir de lecture car le personnage d’Eli est complexe et à la fois très terre à terre dans ses constatations. Grosse brute fleur bleue et attaché à l’hygiène buccale, il offre ainsi avec son grand frère Charlie sans pitié et sans remord, un contraste savoureux. Les points de vue différents de ces Astérix et Obelix yankees sont une source de tension et d’engueulades permanentes et offrent de très drôles joutes verbales. Alors qu’il n’y a pas de grandes scènes d’action ou de moments héroïques, j’ai vraiment été happé par le récit. Je pense qu’il faut ici saluer le talent d’écriture de deWitt qui mène son récit de main de maître et emmène ses personnages toujours là où on ne les attend pas. Au cours du voyage que vont accomplir les deux assassins, le roman de Patrick deWitt va convoquer toutes les figures archétypales du genre, mais va les détourner souvent à l’aide de ressors comiques. L’arc final prend ainsi à rebrousse-poil toutes les attentes de l’amateur de western et est brillamment exécuté. Le roman offre à la fois une histoire crue et violente mais avec un ton décalé assez singulier.

Comme bien souvent avec les récits de voyages, ce n’est pas vraiment la destination qui importe mais le trajet et les rencontres qui vont faire évoluer les personnages. Au début du récit, Eli veut déposer les armes et Charlie veut devenir calife à la place du calife. Le premier est cependant toujours à la traîne de son ainé taiseux. Et peu à peu les positions vont évoluer et surtout on découvrira l’amour que se porte ses deux frangins violents et meurtriers. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils sont attachants, mais ils ont quelque chose de fascinant.

Les frères Sisters est un western à part qui arrive à jouer habilement avec les codes du genre, mais sans faire le petit malin. C’est un roman que je conseille donc vivement. Et après sa lecture, j’ai bien envie de redonner sa chance au film car dans mes souvenirs, l’adaptation est plutôt fidèle. Peut-être qu’à l’époque, je n’ai pas su apprécier ce ton décalé, m’attendant à découvrir un film plein de bruits et de fureur.

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