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L’Odyssée

Affiche du film

Ulysse galère à rentrer chez lui, pendant que des relous lui torpillent sa cave.

Comme je l’expliquais dans ma critique de Tenet, j’ai beaucoup de respect pour Nolan et son ambition, mais ses films me laissent souvent assez froid. J’avais plutôt beaucoup apprécié Oppenheimer et j’étais vraiment impatient de découvrir son interprétation du récit d’Ulysse. Les critiques dithyrambiques, la volonté de faire un film en dur et le casting 5 étoiles ont encore poussé l’impatience d’un cran.

Je n’ai malheureusement pas vu le film en IMAX, donc peut-être que je ne juge pas le bon film. Mais je pense que mes réserves n’ont pas grand-chose à voir avec l’aspect visuel. En effet, les 250 millions de dollars de budget se voient à l’écran. Le cheval est impressionnant, la prise de Troie est épique et on souffre avec les galériens sur les océans déchaînés. Rien à redire à ce niveau, Nolan a maîtrisé ses 12 travaux personnels. J’émettrai tout de même des réserves sur les créatures comme le Cyclope ou Charybde et Scylla, qui m’ont paru assez loupées. J’ai d’ailleurs trouvé que la réalisation pêchait un peu lors de ces séquences ainsi que sur les scènes de combat, qui n’ont jamais été le point fort du monsieur. Mais mon principal grief — et c’est un grief récurrent que j’ai au sujet du réalisateur — c’est que ce film est une nouvelle fois dénué d’émotions, ou en tout cas, je suis resté totalement extérieur aux malheurs d’Ulysse et son équipage pour la majeure partie du film. Tout a mal commencé par une première partie introductive où les personnages se lancent dans de longs dialogues explicatifs pour nous résumer les 20 dernières années et les différents enjeux du récit. C’était peut-être nécessaire pour rester sous les 3 heures, mais je n’ai pas trouvé ça très inspiré. Puis Ulysse va aller d’îles en îles pour y perdre toute son armée, sans que cela soit vraiment un enjeu émotionnel ou l’occasion d’avoir une tension avec son équipage. Il faut vite, vite passer à une autre séquence. Même chose du côté d’Ithaque et Pénélope, où on a de nombreuses scènes un peu redondantes.

Toutefois, il y a de très bonnes choses dans ce film, et c’est là-dessus que je voudrais conclure. Il y a des séquences superbes comme celle de l’île des morts ou la transformation des cochons de Circé, qui est une superbe démonstration de body horror. Au niveau du récit, j’ai beaucoup aimé comment Nolan a géré la présence des dieux et notamment celle d’Athéna. C’est un des fils narratifs très forts du récit, dont la conclusion est un vrai coup émotionnel. C’est très bien vu. J’ai aussi beaucoup aimé son point de vue sur le Cheval de Troie et sa signification. Je ne suis pas spécialiste d’Homère, mais je pense que c’est un point de vue très moderne et intéressant sur le mythe. D’un point de vue scénaristique, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé sa manière d’injecter certains passages de l’Illiade pour renforcer son propos.

Au niveau du casting, les acteurices sont tous très bon·nes. Pattison est comme toujours impeccable, Bernthal bouffe l’écran et Damon assure en Ulysse. Du côté des dames, comme d’habitude avec Nolan, elles n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais Hathaway campe une Pénélope convaincante et royale, et Lupita Nyong’o dans ses rares scènes transmet de fortes émotions. J’ai aussi, une nouvelle fois, beaucoup aimé la bande originale composée par Ludwig Göransson, qui livre une composition assez éloignée de ce qu’on pourrait attendre d’un péplum mais qui convient parfaitement au récit.

Au final, par séquences, l’Odyssée flirte avec le chef-d’œuvre et a le mérite de proposer un blockbuster beau, intelligent et ambitieux. Quand on pense que Supergirl a nécessité le même budget pour un rendu aussi laid ! Mais ses défauts m’empêchent d’être vraiment conquis et d’être emporté par le récit. Je ressors donc de mon visionnage assez frustré et c’est d’ailleur pour ça que j’ai voulu laissé passer 48 heures avant d’écrire dessus pour me laisser le temps de mûrir mon opinion.

5 réflexions sur “L’Odyssée

  • Zeus, que je l’attendais, ce « L’Odyssée » de Nolan.
    Je suis un grand admirateur de Nolan. Il n’y a que peu de films réalisés par le réalisateur anglais que je n’ai pas trouvés très réussis, que ce soit dans le fond ou la forme. Je pense même que Nolan fait partie des quelques réalisateurs qui ont plus d’un film dans mon top 20 « ever ».
    Alors que je puisse aller voir au cinéma un nouveau film du grand Chris (et de sa femme Emma qui produit ses films) me rend un peu dingue et très, très excité (bien plus que « Disclosure » malgré mon amour à vie pour tonton Steven).
    Que son prochain film soit une adaptation d’une œuvre « impossible à adapter au cinéma » était la cerise sur le gâteau. « L’Odyssée », si vous aimez le cinéma et les scénarios, c’est une vraie « réf ». L’intelligence au lieu de la force, le voyage qui transforme, le retour à la maison aux 1000 épreuves, l’anti-Hercule.
    Le programme est génial, le menu alléchant. On y va.

    Que je « sorte » du film au bout de plusieurs dizaines de minutes a été un premier signe avant-coureur qu’un truc clochait. Ça arrive quand l’attente est trop forte et qu’on s’est installé dans le fauteuil en ayant déjà « fait » le film émotionnellement.
    Pourtant, je me suis forcé, violemment, à retourner dans l’histoire réécrite par Christopher Nolan (sans son frère, cette fois, contrairement à Memento, Le Prestige, aux Batman ou à Interstellar. Bon, après, il nous a pondu aussi Terminator Renaissance…).
    J’ai réaccroché, sans trop de difficulté, et puis le Cyclope est arrivé.

    Bon, je ne vais pas vous refaire tout le film, mais je suis sorti, après près de 3 h, avec une telle déception au ventre que tout le trajet retour chez moi n’a été qu’un long fil d’analyse et de décorticage pour comprendre. Parce qu’on ne peut pas se contenter d’un « bon, ok » après avoir vu le réalisateur de « Inception ».
    Ma conclusion tient en plusieurs choses : le réalisme voulu par Nolan. Le foirage technique de certaines scènes. Le casting. La musique.
    Oui, ça fait beaucoup, mais c’est aussi pour ça que la déception a pris une telle place.

    Je ne vais pas rentrer dans le détail, je ne suis pas chez moi ici et je ne veux pas prendre la place de notre hôte. Mais pour la faire courte : ce réalisme revendiqué par le réalisateur pour faire que « L’Odyssée » soit crédible et donne l’impression que « c’était possible » a un impact non négligeable sur la façon de filmer l’histoire d’Ulysse. Et parfois cet accompagnement au-dessus de l’épaule du héros ou les allers-retours entre maman (Pénélope) et petit Ulysse (Télémaque) nous ennuient. On décroche. Un film de Nolan, sur un héros mythologique grec écrit par Homère, demande du spectaculaire. Et on n’en a pas assez sur l’écran (IMAX ne fait pas tout). Il y a finalement peu de séquences qui vous clouent au fauteuil, que ce soit visuellement, techniquement ou émotionnellement. Il y a quelques exceptions extraordinaires (notamment sur la 2e partie du film), mais elles sont écrasées par des pauses polluantes (les dialogues entre Ulysse et Calypso… Nolan n’est pas Malick). Techniquement, là, le bât blesse. Et de la part d’un mec qui nous a envoyés dans un trou noir, une bibliothèque multidimensionnelle ou qui a plié une ville en deux, ben forcément. J’ai trouvé le montage particulièrement mauvais. Pas moyen. Mauvais. Les scènes de bataille sont confuses, les gros plans parfois floutés par les mouvements des acteurs, et puis cette séquence de la grotte avec le Cyclope, là, c’est un ratage complet. Cette impression que Nolan veut faire vite parce qu’il fallait cette séquence mémorable dans le film (impossible de l’ignorer), mais qu’il y avait tellement de choses à montrer qu’on ne pouvait pas y passer du tout. L’écriture de la grotte est, là encore, confuse, et finalement peu immersive. Comme pour l’intérieur du cheval où, personnellement, je n’ai pas cru une seconde à la souffrance, la douleur et la peur de ces hommes coincés à l’intérieur. Ou encore lors du naufrage du dernier bateau d’Ulysse et de la séquence du radeau. Non, franchement, ça ne le fait pas. J’ai envie de vivre une émotion intense, étouffante, renversante. Je me retrouve « spectateur » d’une scène à la réalisation peu ambitieuse et presque académique dans la succession des plans.

    Le casting… oh là là. Je ne vais pas me faire des copains, mais si on ne peut pas dire que les acteurs sont mauvais, j’ai eu beaucoup de mal à m’accrocher à un Ulysse certes très humain, fragile et cumulard de problèmes qui s’enchaînent. Damon n’est pas un mauvais acteur (Will Hunting me fait pleurer à chaque visionnage), mais dans ce Ulysse, j’ai trouvé qu’il avait du mal à rentrer dans le costume. Outre sa barbichette qui m’a obsédé pendant tout le film (réalisme sans doute), ces scènes où il tente de se rappeler avec Calypso tout en se goinfrant de fleurs de lotus, c’est non. L’équipage se rebelle, ok. Je vais chasser, les gars. Salut. Bon. Pénélope… ah Pénélope. Qui devrait illuminer l’écran par sa tristesse, sa colère et son charisme… ben non, en fait. L’écran n’est pas éblouissant et, tombant dans le larmoyant (ce qu’Anne Hathaway fait très bien), les scènes avec elle sont longues et parfois pénibles. Et enfin… je pourrais parler de Spider-Man. Faisons un écart sur le chemin pour évoquer quand même des seconds rôles qui sont plutôt très réussis (Bernthal, la vache). Mais Tom Holland n’a ni la carrure ni la fragilité (suffisante) shakespearienne nécessaire à ce rôle de Télémaque, fils un peu faiblard et qui se trimballe un héritage qui ne tient pas sur ses épaules. Alors oui, c’est une galère pour lui, ces Spider-Man qui lui collent à la peau (surtout qu’il y en a un qui arrive dans la foulée de L’Odyssée), mais il devrait être capable, à un moment de sa carrière, de nous montrer que le masque est tombé. Ce n’est pas le cas dans « L’Odyssée » malgré de vrais efforts bien visibles. On cumule de très grands acteurs et actrices. Mais ils donnent parfois l’impression de ne pas jouer dans le même film. John Leguizamo donne l’impression d’être sur une scène de théâtre, Damon de sortir de Will Hunting 2, 30 ans plus tard, et Hathaway pleure et crie (Nolan ne sait vraiment pas quoi faire avec ses rôles féminins), et Benny Safdie, qu’on ne verra jamais que de dos ou presque, est un super-héros DC qui finit mal.

    Allez, parlons du dernier sujet qui est passionnel chez moi. La musique du film. Ludwig Göransson est un grand, très grand compositeur de musique. Il a pris la suite de Zimmer dans la maison Nolan et, forcément, la barre était haute. Il a assuré avec des compositions originales et incroyablement en phase avec ce qu’elles accompagnaient dans Tenet, bien sûr… mais surtout dans Oppenheimer où sa musique est un personnage à part entière. Dans « L’Odyssée », Ludwig van Göransson (pardon) avait une sacrée contrainte exigée par le réalisateur : pas d’orchestre. Parce qu’ils n’existaient pas à l’époque d’Ulysse (réalisme, quand tu nous tiens). Lulu s’est donc appliqué. Mais alors qu’on m’explique quel est le Grec qui a inventé les synthétiseurs en Grèce antique, parce que les nappes sont partout entre deux coups de percussion qui vous assassinent les tympans (le volume sonore dans les salles de cinéma, pourquoi ?). Alors il y a bien quelques exceptions bien placées pendant certaines scènes (les montées répétitives et qui accélèrent comme dans la séquence de fin) et qui sont très réussies pour ceinturer le spectateur dans la scène. Mais à côté de ça… clairement, ce n’est pas lui qui relève la séquence monoculaire en accéléré ou le monstre Scylla complètement loupé. Et on ne lui a pas donné l’occasion de se rattraper dans cette scène invisible des sirènes où le point de vue est celui de la cire dans les oreilles et donc le silence s’impose. Dommage. Très dommage.

    Voilà. Voilà pourquoi je suis un peu ronchon. Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé « L’Odyssée » malgré tout ce que je raconte au-dessus. Non. J’aime ce film. Mais pas celui de Nolan. Parce que lui, il est passé à côté de trop de choses dans son écriture, sa réalisation, son montage, sa direction d’acteurs, sa musique pour que je ne sois pas un peu remonté de devoir attendre au moins 5, voire 7 ans avant de voir son prochain film qui rattrapera tout ça (on parle d’un film d’horreur, tant mieux, fais-moi peur Chris).

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  • Monsieur GAuteur de l’article

    On est globalement d’accord en fait. A part sur la BO.^^
    Pour la représentation d’Agammemnon, je pense que c’était voulu. C’est un homme qui a réussi à maintenir une armée incroyable pendant 10 ans sur une plage pour récupérer la meuf de son beau-frère donc il devait avoir un charisme hors-norme et être perçu comme un Dieu sur terre. Mais finalement, alor/ qu’il meurt comme le dernier des tocards, il redevient humain.

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    • David

      Oui mais là encore, c’est une drôle d’incohérence entre la volonté de rendre le discours réaliste et à l’inverse de déifier Agammemnon en nous le montrant dans un costume batmanien (et dont la mort est d’une simplicité déconcertante après tous les exploits du guerrier)

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      • Monsieur GAuteur de l’article

        Je pense que comme pour Athena, c’est la vision quand avait Ulysse. Pour moi, ça fait partie de choses que j’aime bien. Nolan essaie d’intégrer la partie mythologique à son récit réaliste.

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  • Franck Valadier

    Quelle analyse, y a du vrai. Bien d’accord sur scilla,Télémaque, terron, moins sur penelope et Damon. J’étais a me dire que le film est soit un peu trop long soit il aurait mérité une trilogie car bien trop expédié par d’autres égards. Normalement tu as au moins dû aimer la musique de générique de fin ? Ou trop énervé pour rester l’écouter ?

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