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Spirou – L’espoir malgré tout T.1-2

Couverture de la BD
  • Année de publication: 2018
  • Éditeur : Dupuis
  • Tome: 4
  • Nombre de pages: 88
  • Auteur: Émile Bravo
  • Coloriste Fanny Benoit

De quoi ça parle?

Janvier 1940, la Guerre gronde en Europe, mais un petit pays a décidé de rester neutre face à la menace Allemande. Et c’est à Bruxelles, dans la capitale de ce petit pays, que Spirou et Fantasio vont tenter de survivre aux horreurs de la seconde guerre mondiale.

Et alors, t’as aimé ?

Leçon d’histoires

En 2008, Émile Bravo et Dupuis publient le journal d’un ingénu. Sorti dans la collection, le « Spirou de » qui donne carte blanche à un auteur pour s’approprier l’univers de Spirou et Fantasio. Cette BD racontait la rencontre des deux personnages. Dix ans plus tard, une suite est donnée à ce one-shot avec L’espoir malgré tout qui se conclut en quatre tomes. Le journal d’un ingénu avait été salué par la critique et les lecteurs. Mais, quand je l’ai lu, il y a quelques semaines, même si j’avais apprécié ma lecture, je restais un peu sur ma faim. J’aimais le dessin vivant et délicat de Bravo, mais je n’avais pas réellement accroché au ton de la BD. Mais, comme la suite était disponible dans ma désormais fameuse bibliothèque municipale, j’ai quand même pris les deux premiers tomes pour voir. 

Case de BD

Spirou et Fantasio sont au bord d’une route de campagne sur laquelle passe des engins de l’armée allemande.

Dès les premières planches, l’ambiance est posée. Nous sommes à Bruxelles en janvier 1940, la guerre gronde en Europe et Spirou réconforte une petite fille en pleurs qui a faim. Il retrouve sa bande de gamins qui jouent à la guerre dans un terrain vague. Les échanges qu’ils vont avoir avec leurs mots d’enfants permettent d’établir le cadre historique tout en montrant comment les enfants reçoivent tout ça. Et, la troisième planche de se conclure sur un gag bien dans l’esprit franco-belge à l’ancienne. C’est ce mélange qu’on retrouvera tout au fil des deux premiers tomes. Aux côtés de Spirou et Fantasio, le lecteur pourra voir la situation de la Belgique se dégrader progressivement. Émile Bravo aborde notamment l’exode, la collaboration et montre sans détours le sort réservé aux Juifs. En créant des personnages forts comme la petite fille  du début ou le couple de peintres, Émile Bravo ne se contente pas de nous montrer l’évolution de la situation des Juifs en Belgique, de la montée de la haine. Il donne un ancrage émotionnel au lecteur qui ne lit pas que des faits horribles, mais les ressent à travers eux. A contrario, on va également rencontrer à de nombreuses reprises, une connaissance de Spirou qui a rejoint les jeunesses du VNV (Ligue nationale flamande) qui va progressivement épouser l’idéologie nazie jusqu’à ce final déchirant. En parallèle, face à la dureté de l’Histoire, on retrouve la naïveté de Spirou, les frasques de Fantasio qui offrent de nombreuses scènes d’humour qui permettent d’alléger le récit. Je trouve que Bravo a vraiment fait un travail d’écriture admirable pour trouver la juste balance entre gravité et divertissement. Il n’appuie pas trop ce qu’il veut montrer pour ne pas devenir didactique et fait confiance à son potentiellement jeune lecteur pour comprendre les enjeux de certaines scènes. Je pense que c’est une BD à mettre entre toutes les mains du jeune public pour leur faire comprendre ce qu’il s’est passé. .

Graphiquement, Bravo livre une prestation de haut-vol. Avec une économie de traits et une élégance certaine, il donne vie à son univers, lui conférant un petit côté rétro tout à fait charmant qui convient parfaitement au récit qu’il raconte et qui rappelle un peu Hergé. Mais, côté énergie et dynamisme, il n’a rien à envier à Franquin qui a laissé sa marque à jamais sur les deux personnages. Les couleurs de Fanny Benoit sont également très réussies et participent grandement à la réussite visuelle de la BD. J’ai beaucoup aimé le parti pris de représenter les soldats allemands avec des couleurs très sombres et moins saturées qui contrastent fort avec le reste des couleurs et renforcent leur côté menaçant et intimidant. Pour conclure, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette période de l’histoire du pays où je vis depuis une quinzaine d’années. Émile Bravo nous donne une leçon de narration et nous prouve que la BD est décidément un art à part pour raconter des choses fortes tout en restant divertissante et amusante. Je ne suis pas certain que ce genre de mélange fonctionnerait aussi bien à l’écran.

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